C'est où chez moi ?
Cette semaine, les enfants ont réfléchi à une question qui prend une résonance toute particulière à Locquirec : qu'est-ce qui fait qu'un endroit est vraiment « chez moi » ? Voici le fil de leurs réflexions et les paroles notables extraites de ce temps dédié.
L'histoire de Tom et Lina
Pour entrer dans cette réflexion, nous avons découvert l'histoire de Tom et Lina, deux enfants qui entretiennent un lien très différent avec le même village.
Tom habite à Kerlann toute l'année. Il y a grandi, connaît les rues, les chemins, les habitants et les habitudes du village.
Lina, elle, n'y vit pas toute l'année. Elle vient à Kerlann pendant les vacances, depuis qu'elle est toute petite. Sa famille y possède une maison depuis plusieurs générations. Elle y retrouve chaque été les mêmes amis, connaît les lieux et a le sentiment de « rentrer chez elle » lorsqu'elle arrive.
Un jour, une vieille boussole leur est confiée. Elle n'indique pas le nord mais montre qui est vraiment chez lui.
Nous avons alors arrêté l'histoire et demandé aux enfants : vers qui la boussole va-t-elle pointer ? Qui est vraiment chez lui ?
Les enfants ont voté et ont expliqué leurs choix. Certains pensaient que la boussole pointerait vers Tom parce qu'il habite le village toute l'année. Certains considéraient que les deux enfants étaient chez eux, tandis qu'un enfant a proposé que la boussole ne pointe vers aucun des deux parce qu'on peut habiter quelque part sans forcément s'y sentir chez soi.
Puis nous avons repris l'histoire. La boussole se remet à tourner… et ne pointe finalement ni vers Tom ni vers Lina, mais indique la place centrale du village. La grand-mère leur explique alors qu'elle fait toujours cela lorsque plusieurs personnes peuvent dire : « Ici, c'est chez moi. » Tom et Lina comprennent alors qu'ils ont tous les deux un lien avec ce village, mais pas exactement de la même manière.
Nous avons alors laissé l'histoire de côté pour ouvrir un temps d'échange libre, à partir de cette question : qu'est-ce qui fait qu'on peut vraiment dire « Je suis chez moi ici » ?
Le fil de leurs réflexions
Qu'est-ce qui fait qu'un endroit devient « chez soi » ?
Les enfants ont commencé par chercher des éléments très concrets : une maison, une chambre, un lit, ses affaires, un jardin, une cabane, des clés… Mais très vite, ils ont montré que ces éléments matériels ne suffisaient pas toujours. On peut avoir une maison sans forcément s'y sentir chez soi.
Ils ont alors parlé de repères : connaître les lieux, avoir ses habitudes, retrouver des personnes familières, savoir comment fonctionne l'endroit.
Puis la réflexion s'est déplacée vers quelque chose de plus intérieur : le sentiment de sécurité et de bien-être. Le « chez-soi » pouvait donc être davantage qu'un lieu ou une adresse : il pouvait aussi être un sentiment.
Peut-on se sentir chez soi grâce aux autres ?
Plusieurs enfants ont ensuite expliqué que les personnes présentes dans un lieu pouvaient être plus importantes que le lieu lui-même. La famille est revenue très souvent, mais aussi les amis et les personnes que l'on connaît.
Cette idée nous a amenés à réfléchir au rôle des liens affectifs dans le sentiment d'appartenance. Peut-on se sentir chez soi dans un endroit que l'on ne connaît pas encore si l'on y retrouve les personnes que l'on aime ? Et inversement, peut-on être dans sa propre maison sans vraiment s'y sentir chez soi ?
Et quand on change de maison ?
La discussion a ensuite fait émerger le thème du déménagement. Plusieurs enfants ont raconté leur propre expérience : certains avaient été tristes de quitter leur ancienne maison, leur quartier, leur école ou leurs amis.
Les enfants ont ainsi expliqué qu'en changeant de maison, on ne quitte pas seulement des murs. On peut aussi quitter des habitudes, des repères, des relations et des lieux chargés de souvenirs.
La notion de mémoire est alors apparue : un endroit que l'on n'habite plus peut-il continuer à faire partie de nous ? Et si notre histoire est liée à plusieurs lieux, peut-on avoir plusieurs « chez-soi » ?
Être d'ici quand on n'y vit pas toute l'année
Cette question a naturellement rejoint la réalité de Locquirec. Les enfants ont fait une distinction entre les personnes qui viennent simplement découvrir le village et celles qui y reviennent régulièrement, parfois depuis plusieurs générations.
La discussion nous a alors conduits vers la notion de racines. Peut-on avoir des racines dans un endroit où l'on ne vit pas toute l'année ? Est-ce que revenir depuis son enfance change quelque chose ? Est-ce que les souvenirs, la famille et l'histoire peuvent nous rattacher à un lieu ?
Les enfants ont ainsi commencé à distinguer plusieurs réalités qui peuvent se rejoindre sans être exactement les mêmes : habiter quelque part, être originaire de quelque part, avoir des racines quelque part et se sentir chez soi quelque part.
Pour conclure
À la fin de l'atelier, nous sommes revenus à l'histoire et à cette étrange boussole. Elle n'avait finalement pas permis de désigner quel enfant est le plus légitime à dire « je suis ici chez moi », mais nous avait conduits vers une question plus complexe :
Est-ce qu'on est chez soi parce qu'on habite quelque part, ou est-ce qu'on habite quelque part parce qu'on s'y sent chez soi ?
Les enfants avaient désormais plusieurs éléments pour réfléchir : l'identité, l'appartenance, les racines, les souvenirs, les repères, les liens avec les autres, la sécurité et le sentiment de bien-être… Et surtout, qu'aucun de ces éléments ne suffit forcément à lui seul.
Pour terminer, nous avons reposé la question : « Alors, finalement, c'est où chez vous ? » Les réponses étaient très diverses et avaient évolué depuis le premier vote. Et peut-être est-ce finalement ce que cherchait à nous montrer la boussole : on peut habiter un endroit sans s'y sentir chez soi. On peut ne pas y vivre toute l'année et pourtant s'y sentir profondément chez soi. Et l'on peut avoir plusieurs endroits que l'on appelle « chez nous ».
L'objectif de l'atelier n'était donc pas de décider qui était « vraiment » de Locquirec, mais de permettre aux enfants de questionner une notion qu'ils connaissent très concrètement et de découvrir que notre manière d'appartenir à un lieu peut être multiple, personnelle et évoluer au fil de notre histoire.
Paroles d'enfants
- Moi je pense que les deux enfants sont chez eux dans ce village.
- Oui, la boussole va s'arrêter sur les deux.
- Lina, c'est comme si elle vivait ici, parce qu'elle vient tous les étés.
- Elle a aussi une maison dans le village, donc c'est chez elle.
- Je trouve que c'est Tom qui est chez lui, il vit ici depuis qu'il est tout petit.
- Il était là en premier.
- Je pense que les deux enfants sont chez eux. Lina dit qu'elle se sent chez elle, comme moi à Plouigneau, avec ma ponette et mon âne.
- C'est Tom qui est le plus chez lui parce qu'il vit ici toute l'année, peut-être que le phare, c'est sa maison.
- Ils sont tous les deux chez eux. Parce que la fille a dit qu'ici c'est comme chez elle et sinon ce n'est pas juste.
- Non c'est Tom qui est chez lui. Il vient d'ici, et il est ici toute l'année, alors ce n'est pas pareil, il est plus souvent là, alors que Lina va partir avant lui.
- Peut-être que c'est aucun des deux. Comme ça, ça tranche. Même si on est là, on peut être ailleurs. Quand on habite quelque part, on ne se sent pas forcément chez soi.
- Pour se sentir chez soi on a besoin d'une maison. Une maison où on se dit « Je me sens bien chez moi ».
- Parfois, on peut rester une journée quelque part et se sentir chez soi.
- Il faut une maison où on est tout le temps.
- Pour être chez soi, il faut connaître tout le village.
- Je trouve qu'il faut des animaux, des toilettes, une cuisine, un jardin, ses affaires et des bonbons.
- Il faut aussi un lit, une chambre, à manger, un jardin, une piscine, un bac la sable, une cabane.
- Des gens qu'on connaît : les commerçants, des amis et de la famille.
- Pour se sentir chez soi, il faut une vraie maison, pas une location. Si c'est une location, alors on ne peut pas revenir.
- Pour être chez soi, il faut avoir de la famille.
- Moi je me sens chez moi partout dans ma famille.
- Moi je pense qu'on n'a pas besoin d'avoir une maison à l'année. Ça suffit d'être content d'être là et de s'y sentir bien.
- Quand on est chez soi, on ne peut pas s'ennuyer. C'est un endroit où on connaît beaucoup de choses.
- J'ai grandi ici, et maintenant j'habite un peu plus loin, mais je reste ici à l'école, même s'il y a beaucoup de kilomètres à faire. Si on change d'école, je vais mettre du temps à me faire des amis.
- Je viens en vacances à Locquirec et je ne suis pas là toute l'année mais je ne suis pas une touriste. Ici c'est chez moi aussi.
- Pour être chez soi, il faut avoir le double des clés, comme ça tu peux rentrer quand tu veux, même si les parents ne sont pas rentrés parce qu'ils vont voir des copains. Moi j'ai mes clés parce que j'ai 8 ans.
- On a nos parents, donc on sait qu'on est chez soi.
- Ici ce n'est pas ma maison, mais il y a beaucoup de trucs comme chez moi : la télé, le canapé, la télécommande.
- On peut se sentir chez soi à Locquirec sans avoir de maison. Je suis né à Paris, mais je me sens chez moi ici.
- Quand je pars en vacances. Je me sens chez moi.
- Je me sens chez moi, chez mon papy et ma mamie, parce qu'il y a des animaux.
- En vacances je ne me sens pas trop chez moi. Mais une fois au Portugal, je me suis senti chez moi parce que la maison était super. C'était super tranquille et il y avait une piscine.
- Je me sens chez moi partout quand il y a ma famille.
- On se sent chez soi quand il n'y a pas trop de monde, et pas de déchets.
- Chez mon papy je ne me sens pas chez moi, parce qu'il y a Marine Le Pen qui habite juste à côté et j'ai un peu peur. Pour se sentir chez soi, il faut se sentir en sécurité.
- Je n'aime pas quand les gens crient.
- Je viens à Locquirec pour voir les amis et la famille.
- Je suis ici car mon père a voulu revenir à Locquirec, il a grandi ici. Moi, je ne voulais pas déménager, mais au final c'est quand même bien parce que j'ai plus de copains ici.
- Moi aussi j'ai déménagé et je n'avais pas envie de partir de quitter mon quartier.
- Moi j'ai déménagé six fois et je ne me suis pas senti partout chez moi. Petit, je ne m'en rappelle pas. Il y a un endroit là où je m'en rappelle, parce que j'avais beaucoup d'amis.
- On est d'abord venu à Guimaëc parce que j'ai de la famille là-bas, mais je m'ennuyais tous les jours. Ici c'est mieux.
- Moi j'aurai le double des clés de sa maison quand j'aurai dix ans.
- Moi je ne sais pas quand j'en aurai un double des clés.
- Chez moi, on n'a pas besoin d'avoir ses clés parce que j'ai une boîte à clés et je connais le code. C'est plus pratique pour rentrer chez soi.
- Je n'ai pas de double parce qu'il n'y a pas de clé disponible, on en a deux et elles sont déjà prises par ma maman et mon papa.
- Moi j'en aurai à huit ans comme ma sœur.
- Ici c'est chez moi. Mon père voulait revenir pour voir sa maman. Ma maman aussi voulait voir sa maman.
- Quand j'ai déménagé j'étais un peu triste parce que la maison d'avant était cool. Ça va mieux maintenant, mais ce n'est pas super pour mon frère parce qu'il s'est cassé la jambe dans l'escalier.
- J'ai déménagé deux ou trois fois, et j'étais triste. J'aimais bien mon ancienne maison.
Pour conclure, c'est où chez vous ?
- Partout avec ma famille.
- À Locquirec et aussi à Toulouse.
- Je me plais à Plouégat, et aussi chez papy et mamie parce qu'ils ont un grand jardin.
- À Plouigneau et à Locquirec.
- À Morlaix.
- À Clermont.
- À Locquirec, et aussi en France.